Calvin échoue à l'épreuve de la non-dualité
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Calvin et Hobbes sont à la plage. Après avoir fait un brin de causette, ils décident d'aller se baigner. Sur le chemin, le sable est exagérément chaud et ils souffrent beaucoup en marchant dessus. Heureusement ils plongent dans l'eau mais cette dernière est exagérément froide. Ils sortent alors précipitemment de l'eau et, après être repassés sur le sable exagérément chaud qui les fait de nouveau souffrir, ils se barricadent dans la voiture pour n'en plus sortir. Cela met le père de Calvin au comble de l'énervement. |
Calvin à la plage est un yoyo qui fait le va-et-vient entre ce qui est trop chaud et ce qui est trop froid. Le premier moment de cette bande dessinée est une allusion à Parménide, pour qui seul le chaud est de l'être, tandis que le froid est du non-être. Calvin qui se brûle les pieds sur le sable de la plage est dans un trop plein d'être, tout comme une fois dans l'eau il est dans un trop plein de non-être. |
Les deux alternent : être et non-être, trop chaud et trop froid, car Calvin est dualiste. De plus, cette alternance du chaud et du froid est rapide, car Calvin est passionné. |
Un dualiste passionné est quelqu'un qui dit YAAAAAYY en courant vers la plage, et qui fait SPLOOP en sautant dans l'eau, mais, du fait qu'il est dualiste, il n'en recueille que de la déception. Il crie HOT HOT HOT HOT quand c'est trop chaud et BRRR ! COLD COLD COLD quand c'est trop froid. |
Est-ce objectivement que le sable est trop chaud et l'eau trop froide, ou y va-t-il aussi de l'essence de Calvin. Autrement dit, Calvin n'en fait-il pas un peu trop ? C'est l'avis du père de Calvin qui dit "Ne me dites pas qu'on a fait une heure et demie de voiture RIEN QUE POUR ÇA". |
Calvin est un être torturé entre le va-et-vient du chaud et du froid, il est pris dans l'enfer des passions. L'enfer des passions est l'enfer de l'être. Pour le Parménide des débuts, il y avait des choses qui étaient absolument, et d'autres qui n'étaient en aucun cas, c'est-à-dire de l'être qui est, du non-être qui n'est pas. |
Ce qui est se reconnaissait à ce que c'était les qualités de la lumière, qui est un être, tandis que l'obscurité n'est pas, c'est un non-être. Ainsi, le chaud et le léger sont des êtres, car la lumière est chaude et légère, tandis que le froid et le lourd sont du non-être. |
Cependant Parménide revint de cette analyse et estima sur le tard que seul l'être existait et que le non-être n'était qu'illusion. Ainsi, pour le second Parménide, Calvin qui crie sous le soleil en lançant des HOT HOT HOT puis qui grelotte de froid dans l'eau COLD COLD COLD est un Calvin abusé par le monde de l'illusion, car il croit vraiment que le mouvement existe. |
Pour Calvin, il y a bien de l'eau et du soleil, mais ceux-ci sont ou trop chaud ou trop froid. Calvin est dans le monde des sens, qui n'est pas la réalité de Parménide, qui est une réalité non accessible par les sens. |
À la fin, déçu par le monde des sens qui ne lui apporte que du trop ou du pas assez, Calvin dépressif se réfugie dans une voiture qui est aussi une caverne, car les images du soleil et de la plage y parviennent sous une forme amoindrie. |
C'est parce que Calvin représente l'humanité dans sa finitude. La finitude de Calvin est son penchant à faire tout le temps des bêtises, comme ici où il énerve le Père, qui est aussi D-ieu, le Créateur excédé de voir une nouvelle mitzvah transgressé. |
La plage qui est trop chaude est une plage d'anéantissement, c'est le désert que les oiseaux du Colloque des Oiseaux de Attar traversent, et quantité d'entre eux meurent, car D-ieu nous demande de le rejoindre à travers l'empire des sens mais en en faisant fi. |
Plonger dans l'eau est une représentation des fonts baptismaux. Calvin qui plonge dans l'eau veut se purifier de son état antérieur beaucoup trop chaud, c'est-à-dire exagéré, passionnel. |
Seulement, ni la plage d'anéantissement ni les fonts baptismaux ne sont pris par Calvin comme des occasions de progresser sur la Voie, ils sont juste du trop-chaud et du trop-froid, de l'être illusoire et du non-être trompeur. |
C'est que Calvin est comme beaucoup de gens, qui vivent les épreuves de la vie mais ne comprennent pas que ce sont des épreuves. Ce sont les mêmes gens qui se plaignent que tout va mal dans le monde, mais qui ne voient pas que le monde dans son intense désordre est justement l'occasion pour eux de montrer ce qu'ils ont dans le ventre. |
On voit aussi souvent des gens prendre D-ieu à partie et lui dire que le monde est raté, parce qu'il y a trop d'égoïsme, de sottise, de méchanceté, ou trop de guerre, de maladie, de misère, ou trop de drogue, trop de télé, trop de ceci, trop de cela. |
C'est parce que ces gens sont englués dans une réalité où tout est "trop" qu'ils plongent dans l'eau en criant TROP FROID et courent sur la plage en criant TROP CHAUD. Mais l'eau comme la plage ne sont que des occasions pour nous d'expérimenter le chaud et le froid à leur juste valeur. |
Le Père est excédé parce que Calvin préfère à la plage de l'anéantissement et à l'eau du baptême le calme relatif, froid et légèrement humide de l'intérieur de la voiture. C'est que la voiture est une caverne. Comme dans la caverne de Platon, les bruits et les formes des objets du monde y parviennent, mais amoindri, il n'y a plus que leur rumeur. |
La Caverne est un lieu rond, creux et fermé rassurant, c'est le ventre de la voiture originelle qui nous a fait naître : le ventre de la mère. Calvin se repose dans la Caverne de Platon qui est aussi le ventre de la mère car il est fatigué de ce qu'il a vécu dehors et ne tient pas à ce que cela se reproduise. |
Nous voyons une fois de plus par là que Calvin est le contraire d'un philosophe. Le philosophe, en effet, une fois qu'il est sorti de la Caverne, ne veut plus y retourner, car il a vu les choses telles qu'elles sont véritablement, au soleil de la Réalité. Le philosophe a vu les Idées telles qu'elles sont, tandis que ceux qui restent prisonniers de la Caverne ne voient que des imitations de la réalité. |
Mais pour Calvin, la Réalité le brûle. C'est que la Réalité est éprouvante, c'est une épreuve. Calvin est celui qui a eu une chance de voir la Réalité telle qu'elle est et n'en a pas voulu. Calvin est celui à qui est donné l'épreuve, l'obstacle, le Shaïtan, mais qui n'en veut pas, qui échoue sur la voie de l'obstacle. |
D'où la déception et l'ire du Père, car D-ieu, qui est aussi le réel, est ce qui nous fournit l'occasion de l'obstacle en nous offrant de vivre dans ce monde. |
Pourquoi Calvin échoue-t-il à traverser le sable de l'anéantissement et l'eau de la renaissance ? C'est parce qu'il croit encore en un "trop" et un "pas assez". Si Calvin pouvait se dire que le chaud et le froid ne sont que des variations d'une même température, il serait sauvé. |
Car la température est une, et ce n'est qu'une variable qui se débat entre deux valeurs sur un thermomètre, bien que les sensations de froid et de chaud soient aussi en une certaine mesure subjectives (ainsi quand il y a du vent, on a froid). |
Calvin est essentiellement un dualiste, comme le premier Parménide. C'est parce qu'il a foi en des dualités qu'il ne peut jouir paisiblement du monde, au doux sourire de la sagesse. Déçu par le monde qu'il trouve plein de mouvement, alors qu'en fait le mouvement n'existe pas, il se réfugie dans le monde de l'illusion, qui est la Caverne. |
Mais l'avis du Père de Calvin est qu'il faut sortir de la Caverne, car "il n'a pas fait une heure et demie de trajet RIEN QUE POUR ÇA". Le trajet est la Voie, celle que l'homme suit dans la tourmente. La Voie est la même pour le sage et pour l'insensé, elle n'est que vanité, mais dans le cas du sage elle lui profite et est comme un rayon de miel ou une glace à la vanille. |
Une glace à la vanille que Calvin pourrait manger sur la plage s'il n'était pas obnubilé par le fait qu'elle soit trop chaude. |
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