Calvin n'a pas le Tao avec son cerf-volant
|
Dehors il pleut à grosses gouttes. Calvin s'ennuie. Mais heureusement, il a trouvé une idée : au lieu de faire du cerf-volant dehors dans le vent, il en fait à la maison devant un ventilateur. Quand les parents de Calvin verront cela, comme il va se faire gronder ! |
Les êtres humains en général ne raisonnent pas différemment. Nous sommes en permanence dans l'expectative, parce que nous avions des envies, comme de jouer au cerf-volant, mais ces envies sont contrariées : il pleut dehors. |
Du coup, nous mettons au point des ruses tordues pour nous sortir de l'impasse, sans nous rendre compte que nous aggravons notre cas. C'est comme l'histoire de l'homme qui avait fabriqué des appeaux et contre lequel la nature s'est vengé. |
Un homme avait fabriqué une flûte pour imiter le bruit de la biche femelle. Il souffle dedans mais malheureusement cela attire un loup. Le loup veut manger l'homme. L'homme pense qu'il est fini, mais il lui vient tout à coup une idée : il utilise sa flûte pour imiter le cri d'un tigre. Le loup s'enfuit mais cela attire un tigre. Terrifié, l'homme utilise de nouveau sa flûte pour imiter le bruit d'un ours. Le tigre s'en va, mais un ours arrive, qui mange l'homme. |
Nos ruses se retournent toujours contre nous, et plus nous en faisons plus nous nous égarons loin de la nature originelle. De même, Calvin dans sa maison fait manifestement une bêtise en jouant au cerf-volant à l'aide d'un ventilateur. |
La ruse du chasseur qui jouait de la flûte pour attirer les animaux s'est retournée contre lui parce que c'était une ruse tordue, quelque chose qui n'adhère pas au Tao. Le Tao nous enseigne à suivre le cours des choses et à ne pas le forcer. Le Tao n'aime pas les ruses tordues. |
La ruse de Calvin qui se sert de son ventilateur est aussi une ruse tordue, tordue comme le fil de son cerf-volant qui flotte à l'autre extrêmité de la pièce, c'est-à-dire à l'autre bout des pensées. Car le fil du cerf-volant est aussi le fil des pensées du cerveau lent. |
Le cerf-volant est aussi un cerveau lent, car Calvin met du temps à comprendre qu'il fait une bêtise. Pour lui, la sanction vient toujours "après", une fois qu'il s'est fait gronder, et il ne tient aucun compte de la leçon qu'on lui fait. |
C'est parce que Calvin est un histrion, un être humain qui gère très mal ses émotions et dont le cerveau lent n'arrive pas à intégrer correctement les expériences. Le cerveau lent de Calvin est occupé à flotter dans le salon, au vent du n'importe quoi. |
Car le ventilateur diffuse un souffle, le souffle du n'importe quoi. Le souffle est l'âme, comme en hébreu où les corps sont faits de consonnes, qu'on sonne, et l'âme est faite de voyelles, d'esprits de lettres, des esprits doux ou bien rudes comme en grec. |
Le souffle du ventilateur est le souffle de l'âme, le souffle de l'esprit qui fait vaguer et extravaguer le cerveau lent de Calvin qui est tout au bout de la pièce, qui est aussi le bout des pensées. |
Calvin laisse vaguer son cerveau lent parce qu'il est dans la ruse. Comme dans l'histoire du chasseur de biche qui jouait de l'appeau, Calvin accumule des dharmas qui se retournent contre lui. Mais il préfère, plutôt que de reconnaître la vérité de sa sottise et la valeur de la leçon qui s'ensuit, accuser la pluie : "Saleté de temps !" dit-il sans philosophie. |
Il est toujours plus facile à nous autres humains d'accuser les circonstances que de nous remettre en question. Si ma voiture dérape sur le sol par aquaplanning et que je rentre dans un platane, je vais dire que c'était la faute à la pluie, mais je ne vais pas dire que c'était de ma faute, parce que j'aurais dû faire attention. |
C'est là le souffle du n'importe quoi irresponsable, celui qui nous ventile de manière indue. C'est le souffle qui fait planer notre cerveau lent retenu par une ficelle, qui doit être une ficelle de chanvre. |
Le chanvre est une plante dont est tirée le cannabis et dont les émanations causent des transports psychiques. Quand Calvin tend la corde du cerveau lent, il l'intoxique avec des idées fausses pareilles aux troubles que provoque la drogue. |
Cependant, le réparateur du ventilateur est le Bouddha, qui nous enseigne que nous devons fuir les intoxicants et nous doter d'une pensée claire et d'une pratique claire. Notre cerveau lent ne doit pas flotter dans l'air du n'importe quoi mais trouver dans la pluie une occasion de méditation. |
C'est vrai qu'on peut se demander ce qu'il convient le mieux de faire lorsqu'il pleut. On ne sait pas en général s'il vaut mieux marcher lentement ou courir vite sous la pluie. En courant, on reste moins longtemps sous les gouttes, mais elles tombent aussi de manière plus forte, si bien que l'on ne sait pas lequel des deux mouille le plus. |
En revanche, il est une certitude, c'est que, aussi longtemps qu'il pleut, il faut se résigner à la pluie. L'être humain fabrique des toits à ses maisons et des parapluies pour les passants, mais ces artefacts ne suppriment pas la pluie, ils s'en accomodent. |
C'est comme de creuser des canaux pour détourner l'eau. Il y avait en Chine un problème récurrent de crues qui inondaient tout le pays. L'Empereur nomma un premier Ministre chargé de résoudre ce problème. Le Ministre fit construire des digues qui devaient retenir l'eau, mais la saison des crues arriva et l'eau s'accumula jusqu'à faire craquer les digues, ce qui causa encore plus de dommage qu'auparavant. |
L'Empereur nomma alors un autre Ministre qui lui ne fit pas construire de digues, mais fit creuser des canaux pour dévier le cours des crues. La saison des crues arriva, et l'eau suivit les canaux jusqu'à la mer, évitant ainsi de tout inonder. |
Il en va de même pour nous : face à un problème qui vient entraver nos plans, comme la pluie dehors, nous imaginons des solutions brutales qui ne sont pas en accord avec le Tao. Or, la solution de tout problème ne consiste pas à s'opposer à ce qui est, mais à laisser couler toutes les choses autour de soi. |
Cela s'appelle : la vie éternelle, ou le Royaume des Cieux. C'est quand l'on se rend compte qu'il vaut mieux creuser des canaux et laisser les choses s'écouler, plutôt que de lutter à toute force contre en construisant des digues. |
C'est le fait de continuer à faire tourner son ventilateur, mais dans l'autre sens. Pas dans le sens où l'on fait voler des cerveaux lents qui carburent au chanvre, mais dans le sens où l'on rafraîchit les hommes hors du monde de l'illusion. Dans le sens de l'autre sens, le sens de l'OM MANI PADME HUM. |
C'est là une vérité qu'il nous serait facile de faire nôtre si nous n'avions pas le cerveau si lent. Car nous avons le cerveau lent de Calvin, et comme lui nous faisons des bêtises avec. |
Le Tao est à portée de main et la Grande Voie est simple. |
|