Calvin & Hobbes - prêts à toux

Calvin entend manipuler le Destin


Au lit Calvin se rend compte qu'il a oublié de lire le Chapitre Cinq pour ses devoirs du lendemain. « Que vas-tu faire ? », lui demande son tigre en peluche. « Attraper froid vite fait. », répond Calvin.


Calvin ouvre alors la fenêtre qui donnait sur le beau clair de lune afin d'attraper un coup de froid, concrétisé plus loin par une quinte de toux. Calvin qui ouvre la fenêtre pour attraper froid est l'homme qui prend en main son destin, en provoquant le Fatum, afin d'obtenir tel ou tel résultat.


Ici, le résultat recherché est « toux », c'est-à-dire « tout » : Calvin veut tout (les bons petits plats, et en plus t'as vu ça, etc.), car « tout » est la solution de « tous » les problèmes, à commencer par la lecture du fameux Chapitre Cinq.


Le Chapitre Cinq est la part de devoir qui guette l'homme en ce monde, l'homme qui a cependant « voix au Chapitre », surtout lorsqu'il s'agit ultimement de prendre son destin en main. Comment prend-on son destin en main ? En insérant de la causalité dans les êtres et les choses. Ici cela se fait en ouvrant la fenêtre, une fenêtre spatio-temporelle sur la possibilité de faire ou de n'avoir pas fait le devoir de demain.


La fenêtre de la chambre de Calvin est la fenêtre spatio-temporelle qui donne sur le clair de lune. C'est la fenêtre décrite par l'action agie à dessein de modifier le monde dans le sens prescrit par l'agent animé. Calvin l'ouvre ou la referme au besoin, et « toux » s'ensuit.


« Toux » résoud réellement l'ennui que pose ce problématique Chapitre Cinq, car « toux » dans sa toux-talité supprime l'école du lendemain. Ici se fait jour le caractère totalisant sinon totalitaire de toute solution donnée a priori, et c'est cela la vraie signification du mot Destin (dans son acception fataliste).


La mère de Calvin l'a entendu tousser, et elle trouve cette toux non bénigne; elle va donc lui chercher quelque médicament. Mais Calvin dit que ce n'est pas lui qui a toussé, mais Hobbes, le tigre.


Le médicament est ce qui rime avec « le prédicament », car le résultat d'une action d'un agent animé sur le monde, selon quelque dessein, est un lot de prédications qui peuvent se dire du nouvel état atteint par la suite. Lot de prédications qui suit l'ouverture/fermeture de la fenêtre... Cependant, Calvin dit que ce n'est pas lui qui a toussé, mais Hobbes son tigre.


Hobbes se récrie : « MOI ? Ce n'était pas moi ! ». « Je sais, répond Calvin, mais ce syrop contre la toux a un goût infect. » Il s'agit là d'une nouvelle ruse, où Calvin entend manipuler l'état du monde en trichant sur la causalité. Mais cette fois-ci, ce qu'il manipule est son complice dans le crime, si bien que nous avons affaire à une manipulation au carré.


Par cette manipulation au carré, Calvin entend, non pas attraper « toux », mais ne boire « rien ». Comment ? En se défaussant sur celui qui l'a aidé à agir la première action. Calvin ne veut pas boire le calice jusqu'au bout (le calice de syrop contre la toux) et assumer la responsabilité de son premier acte, celui qui a réussi à lui procurer « toux ».


Le problème de ne pas assumer la part (même sombre) de ses actes antérieurs est que cela décrédibilise les actes postérieurs et que, dans le cas d'une interaction entre plusieurs agents animés, les possibilités de manipuler le Destin qui s'ensuivent s'en trouvent quantitativement ou qualitativement amoindries.


Hobbes n'est pas d'accord et décide de ne pas se laisser faire. Il est vrai que Hobbes n'est de tout manière pas un vrai tigre, pas un agent de statut animé, mais juste une peluche qui ne peut par conséquent pas ingérer de syrop. Qu'importe, Calvin est rétribué de sa mauvaise volonté, et son second plan machiavélique échoue.


Il y a une logique à cela : il est possible de manipuler le monde au degré un, lorsqu'on ouvre une fenêtre pour attraper froid (pour accéder à « toux »), mais pas en reniant le complice dans le crime (en ne reconnaissant « rien ») : c'est que, dans le second cas, on scie la branche sur laquelle on est assis. Or, il y a une vérité à l'ordre dans le monde des actions agies à dessein, c'est qu'il ne faut jamais se tirer une balle dans le pied.


ACKTHP PBTHBBPPTH HACK HACK semble donc être le mot final de cette bande dessinée qui nous expose les deux sorts (gagnant puis perdant) de ce qu'est la manipulation du Destin par l'agent animé. Mais non, en fait la morale est toute autre : « Mmmhh ! Ce médicament contre la toux est bon ! Tu devrais l'essayer ! Vraiment ! » Autrement dit, tromper le Destin est un exercice qui rapporte.


Comment cela se fait-il ? C'est parce que le temps bifurque à chaque fois que nous sommes confrontés à un choix. Aussi, au moment où Calvin ouvre la fenêtre à la lueur du clair de lune, la Lune sait déjà qu'il y a deux Calvin, dont un seulement est celui de cette histoire.


Partout où nous voyons des Calvin-« toux », nous verrions si nous le pouvions autant de Calvin-« rien », si bien que la totalité du possible est épuisée par le paysage général du Destin. Ce qui est réussi ici est raté ailleurs. Calvin ne passe pas son temps à se tirer des balles dans le pied.


Ceci amène à comprendre comment il est possible de manipuler le monde. La manipulation du monde doit sa possibilité à l'existence de cheminements parallèles au sein de l'espace des possibles. Calvin le sait qui entend ne pas aller à l'école, en s'ouvrant une fenêtre spatio-temporelle.


Si nous pouvons comprendre la nécessité que le monde a de se conformer à la loi du Destin, qui n'est pas une destinée préfixée par avance, mais juste l'interaction entre la totalité des agents animés, alors le goût de « toux » cesse d'être causalement infect.


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