La Ballade d'Orangina


Chant premier


Mortel perdu qui vas me lire,
N'attends de moi nul réconfort,
Par mes néants j'ai fait pâlir
Plus d'un fantôme en son amphore !
Tu viens ici sans crier gare
Prêter l'oreille à mon délire;
Voilà pourquoi comme un barbare,
Je vais m'emparer de ma lyre
Et glapissant quelques cris rauques,
Lesquels sauront bien attenter
Aux multinationales glauques,
Pour mon public je vais chanter
La ballade d'Orangina
La rouge à la vulve d'acier,
Et que dompta Coca-Cola,
Effervescent et carnassier.
Tout commença par un matin,
Un matin houleux et boursier,
Ricard au goût incertain
Jouissait heureux de la satié-
Té que procure la richesse
Capitaliste accumulée
Sur la sueur de notre espèce
À nous autres pauvres prolé-
Taires trimant de jour de nuit
Pour le profit et la misère,
Pour la misère et le profit;
Donc, Ricard au goût peu amer
Perpétuait son monopole
Quand tout à coup sur le marché
Une bulle éclata à Wall
Street manquant de faire éclater
Les sacrés cours et les indices :
C'était le signe avant-coureur
Et congénère en immondices
D'un futur bien mauvais quart d'heure;
C'était le crash de la silice,
Le dam du NASDAQ, ô valeur
Combien soumise aux artifices
Des plus et moins spéculateurs !
De ce tout nouvel ouragan
Émergeaient encor quelques têtes
Ballottées misérablement
Par ce qui le Dow Jones écrète.
Dans de semblables circonstances,
Vous pouvez en être assurés,
Seuls parviennent à subsistance
Les plus gros ou les plus friqués;
Car c'est toujours la jungle reine
Où triomphe le mieux armé;
Oui c'est là l'éternelle scène
Du cannibalisme incarné.
Voici quel était le problème
(Qui, dirons-nous, restait entier)
Se posant à Ricard [tm]
Et à son groupe financier :
« Où donc trouver les capitaux
» Qui pourront sauver la baraque ?
» Comment faire baisser le taux
» D'inflation, éviter le krach ?
» Problème on ne peut plus cruel,
» Question on ne peut plus urgente,
» Stabilisons le notionnel
» Avant que l'incurie n'augmente ! »
Ainsi pensait Ricard [tm]
Plongé dans ces débats obscurs
Où les actionnaires eux-mêmes
Perdaient le sens de la mesure;
Ainsi partout se fissurait
La construction économique
De laquelle ne demeurait
Qu'un dilemme dichotomique :
« Vendre ou payer ? C'est là le choix
» Qui dictera la politique
» Et l'avenir de la S.A. ... »
Ricard, la chose est bien critique !
Tu t'agites en vain, pourquoi
N'as-tu recours au bien public ?
Pourquoi ne dévalue-t-on pas
De quelques francs, de quelques briques ?
Cela renflouerait ta balance,
Ô Léviathan des travailleurs,
Et relancerait la confiance,
Préserverait le dur labeur...
Te reviendrait le capital
Que dopent les investisseurs,
Tu sortirais du trou fatal
Qui guette les entrepreneurs
Imprudents et tous les losers
Dont le cash s'en va en fumée.
Comme Orangina ta consœur,
Tu dois fumer le calumet
De la guerre économétrique,
Publicitaire et marketing;
Quand sous les cieux, à coups de triques,
Se lève l'ombre du dumping.
Tel se trouvait Ricard le pur
Alcool à consommer avec
Modération, et sa stature
D'ici jusqu'aux calendes grecques
Luttait seule contre le sort
Qui fait et ruine également
L'inépuisable or des consor-
Tiums, des trusts et des groupements.


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