Mortel perdu qui vas me lire, N'attends de moi nul réconfort , Par mes néants j'ai fait pâlir Plus d'un fantôme en son amphore ! Tu viens ici sans crier gare Prêter l'oreille à mon délire; Voilà pourquoi comme un barbare , Je vais m'emparer de ma lyre Et glapissant quelques cris rauques, Lesquels sauront bien attenter Aux multinationales glauques, Pour mon public je vais chanter La ballade d'Orangina La rouge à la vulve d'acier , Et que dompta Coca-Cola, Effervescent et carnassier . Tout commença par un matin, Un matin houleux et boursier, Où Ricard au goût incertain Jouissait heureux de la satié- Té que procure la richesse Capitaliste accumulée Sur la sueur de notre espèce À nous autres pauvres prolé- Taires trimant de jour de nuit Pour le profit et la misère, Pour la misère et le profit ; Donc, Ricard au goût peu amer Perpétuait son monopole Quand tout à coup sur le marché Une bulle éclata à Wall Street manquant de faire éclater Les sacrés cours et les indices : C'était le signe avant-coureur Et congénère en immondices D'un futur bien mauvais quart d'heure; C'était le crash de la silice, Le dam du NASDAQ , ô valeur Combien soumise aux artifices Des plus et moins spéculateurs ! De ce tout nouvel ouragan Émergeaient encor quelques têtes Ballottées misérablement Par ce qui le Dow Jones écrète. Dans de semblables circonstances , Vous pouvez en être assurés, Seuls parviennent à subsistance Les plus gros ou les plus friqués ; Car c'est toujours la jungle reine Où triomphe le mieux armé ; Oui c'est là l'éternelle scène Du cannibalisme incarné . Voici quel était le problème (Qui, dirons-nous, restait entier ) Se posant à Ricard [tm] Et à son groupe financier : « Où donc trouver les capitaux » Qui pourront sauver la baraque ? » Comment faire baisser le taux » D'inflation, éviter le krach ? » Problème on ne peut plus cruel, » Question on ne peut plus urgente , » Stabilisons le notionnel » Avant que l'incurie n'augmente ! » Ainsi pensait Ricard [tm] Plongé dans ces débats obscurs Où les actionnaires eux-mêmes Perdaient le sens de la mesure ; Ainsi partout se fissurait La construction économique De laquelle ne demeurait Qu'un dilemme dichotomique : « Vendre ou payer ? C'est là le choix » Qui dictera la politique » Et l'avenir de la S.A. ... » Ricard , la chose est bien critique ! Tu t'agites en vain , pourquoi N'as-tu recours au bien public ? Pourquoi ne dévalue-t-on pas De quelques francs, de quelques briques ? Cela renflouerait ta balance, Ô Léviathan des travailleurs, Et relancerait la confiance, Préserverait le dur labeur... Te reviendrait le capital Que dopent les investisseurs , Tu sortirais du trou fatal Qui guette les entrepreneurs Imprudents et tous les losers Dont le cash s'en va en fumée. Comme Orangina ta consœur, Tu dois fumer le calumet De la guerre économétrique , Publicitaire et marketing; Quand sous les cieux, à coups de triques, Se lève l'ombre du dumping . Tel se trouvait Ricard le pur Alcool à consommer avec Modération , et sa stature D'ici jusqu'aux calendes grecques Luttait seule contre le sort Qui fait et ruine également L'inépuisable or des consor- Tiums, des trusts et des groupements . |