Ourdir, tramer


Emeraldas   


(ou comment l'on augmente un textile électronique)


Un tissu (d'inepties ?), ou mieux, un textile, —— car ce mot rappelle le mot « texte », qui en dérive également.


Il y a essentiellement deux manières d'enrichir un wiki, deux manières de tisser qui, bien souvent, se mêlent l'une à l'autre.


La première consiste à ajouter de nouvelles pages, créant ainsi des ouvertures, des brèches, qu'il faudra bien par la suite combler. Cette première manière s'appelle ourdir.


La seconde consiste à créer des liens entre pages déjà existantes, ce qui a pour effet de fermer des cycles, clore des histoires, achever un don « orbiculaire et parfait ». Cette seconde manière s'appelle tramer.


Ourdir et tramer sont les deux ressorts de l'écriture textile du graphe, du wiki, du rhizome.


La pratique des trames foisonnantes est proprement ce qui distingue le tisserand numérique de ses camarades scribouillards. Elle est aussi proche du piratage, car elle détourne un art vénérable, celui de l'écriture, envisagé sous son seul aspect linéaire (voire même linéaire B).


Le texte alors, fleuve héraclitéen, diverge en tout point, mais également y converge. Chaque point, ou plot, est le lieu d'une intrigue, car intriguante : une convergence est un com-plot, qu'il s'agit d'ourdir, pour la faire diverger; une divergence, au rebours, est l'intrigue qu'il s'agit de tramer, afin de la faire revenir à l'unité qu'exige la santé psychique du lecteur.


Le tisserand des nuits thélématiques est donc un pirate que ses pratiques d'obsédé textuel poussent à, sans cesse, ourdir des complots et tramer des intrigues. Mundus est fabula.